Maitseling
Exalté


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MessagePosté le: Mar Juin 08, 2010 1:06 am    Sujet du message: [Récit] Atgen, l'intégrale Répondre en citant
(Voilà, comme le post initial est bloqué, je poste la version finale ici, agrémentée d'une nouvelle introduction)

Atgen, la bataille oubliée



Prélude

Nordfendre, quelques semaines avant le débarquement des troupes de l'Alliance et de la Horde

Au cœur de la citadelle de la couronne de glace, une silhouette se déplaçait furtivement, rasant les murs, se dissimulant dans les recoins. Sans bruit, elle passait de salle en salle, s'approchant de la salle du trône. Enfin, elle parvint à se glisser dans le grand hall où se tenait le Roi-Liche.
Celui-ci demeurait assis, la main droite appuyée sur Deuillegrive, son épée maudite.

_ Approche ! Sors de l'ombre et montre toi ! ordonna soudain le prince du Fléau.

La silhouette s'avança, et s'arrêta au milieu de la salle. Sous la lueur des torches, on devinait l'armure d'un chevalier de la mort.

_ Crois tu que tu aurais pu approcher aussi près, si je ne l'avais voulu ?
_ C'est qu'alors vous aviez autant envie de me voir que j'avais envie de vous voir, Arthas.
Le chevalier de la mort s'approcha d'un pas.
_ Oui, j'avais envie de te voir. De voir pourquoi tu m'avais trahi, répondit le Roi-Liche.
Le chevalier ne dit rien.
_ Tu étais un de mes chevaliers les plus prometteurs. T'en souviens tu ?
_ Oh, oui, Arthas, je me souviens. Je me souviens.


Silvermoon, 10 ans auparavant.


L’incendie se reflétait dans ses yeux bleus comme un ciel de printemps. En contrebas de l’épaisse muraille sur laquelle elle se trouvait, dansaient des ombres au milieu des flammes qui montaient au ciel jusqu'à lécher les étoiles. Plus loin la lumière du Puit de Soleil se dressait, elle aussi plus rougeoyante que l’enfer.
Et les crépitements et le souffle du brasier se mêlaient aux hurlements qui parcouraient la ville. Dans les rues où les derniers gardes combattaient encore, des silhouettes fines fuyaient entre les bâtiments embrasés, poursuivies par d’autres ombres atrocement déformées.
Elle sentit une larme perler sur sa joue. Pourtant il faisait si froid dans son cœur, si froid.
La lame bougea légèrement, lui arrachant un gémissement, et laissant un filet de sang couler sur sa tunique. Une voix métallique comme un blizzard faisant hurler des rocs glacés murmura derrière elle.
_ Regarde Sylvanas, regarde la chute de ton peuple et la fin de ta cité.
Elle voulut parler, protester, défier une dernière fois le monstre, mais aucun son ne sortit de sa bouche.
_ Le désespoir sera ton dernier sentiment. Dans peu de temps, tu seras mienne.
La lame s’arracha d’un seul coup de son cœur, libérant un flot de sang et emportant la vie du général des rangers de Silvermoon.


Fuite

L’eau grise des égouts giclait à peine sous leurs pas. Dans une course quasi silencieuse, leurs bottes gainant leurs longues jambes fuselées glissaient comme des insectes sur un étang. Dans les profondeurs sous Silvermoon en proie aux flammes et à la destruction, trois silhouettes fuyaient le Fléau, nouveau maître de la cité.
Soudain, un grondement sourd. Une énorme ombre se dresse au milieu du tunnel. Avec un cri de rage, une des silhouettes bande son arc. Flèche qui siffle. Bruit d’acier fiché dans une chair pourrie et inerte. Une autre forme écarte les pans de son manteau et pointe en direction du monstre ses mains délicates. Une flamme illumine les pierres humides. La créature enveloppée dans le feu pousse un hurlement à faire trembler les parois avant de s’écrouler. Les trois ombres sont déjà loin. Les longs boyaux se succèdent. Le groupe doit être sorti des fondations de la ville. La silhouette de tête stoppe brusquement. Devant elle, le tunnel s’arrête sur un ciel étoilé et sur le vide.
La terre a été arrachée, comme tranchée net sur une centaine de mètres de large. Un immense sillon de dix mètres de profondeur balafre la forêt en direction de Silvermoon. Au fond, grouille une masse informe qui avance lentement et se déverse dans la cite mourante. Par milliers, par dizaines de milliers, les troupes du Fléau se dirigent vers le festin de la victoire.
Mais déjà les trois ombres ont commencé à escalader les parois de la saignée. A peine quelques mètres les séparent du sol de la forêt. Au fond de l’immonde fosse, les créatures abjectes les ont repérées. Telle des fourmis, elles grimpent les unes sur les autres, formant une pyramide inhumaine se lançant à la chasse des fugitifs. Une des trois silhouettes pousse un cri, et dégringole de plusieurs mètres. A peine a-t-elle le temps de se rétablir, que déjà plusieurs mains décharnées enfoncent leurs griffes dans ses jambes. Le cri devient un hurlement terrifiant. L’ombre la plus élevée est arrivée au sommet. Son arc siffle. Les flèches tombent sur les goules, mais sous le nombre, l’infortunée lâche prise. Son corps tombe en arrière pour disparaître dans la masse grouillante au milieu d’un geyser de sang. A son dernier cri, une incantation fait écho. La troisième ombre arrivée au sommet a levé les bras en l’air, et soudain dans un fracas étourdissant, un immense éclair s’abat dans la fosse putride, disloquant l’immonde pyramide, enflammant les carcasses décomposées.
Les éclairs se succèdent éclairant le masque de colère qui s’est figé sur son visage. C’est finalement l’archer qui saisit l’incantateur par la taille et le tire en arrière vers la forêt, en lui criant d’une voix forte :
_ Viens. C’est trop tard ! On ne peut plus rien pour elle !


Le plan

Sur l’épaisse table de bois, une carte était déroulée, maintenue par des crânes, et un chevalier était penché dessus.
Arthas ne tourna même pas la tête vers celui qui venait de rentrer dans la pièce. La bouche de l’héritier déchu de Lordaeron ne s’ouvrit pas, mais instantanément sa voix résonna dans la tête de son lige.
_ Approche, chevalier.
L’homme vêtu d’une armure noire s’avança vers la table. Son visage gris, resté jeune et beau était encadré par de longs cheveux blonds.
_ Quels sont les ordres, Maître ?
De nouveau, la voix spectrale lui vint de son propre corps.
_ Il reste encore une chose à accomplir. Ce pourquoi nous sommes venus au cœur du royaume des elfes. Puis l’armée se mettra en marche vers le sud.
La main gantée se posa sur l’inscription « Dalaran ».
_ Mais cette bataille a été coûteuse pour mes troupes. Il nous faut des renforts et rapidement. Il y a encore de nombreux combats à gagner.
_ Nous les remporterons pour votre grandeur, Maître.
_ J’ai pour toi une mission particulière.
Le doigt indiqua un endroit au centre de la carte.
_ L’armée devrait passer à l’ouest de cette vallée très peuplée. L’annonce de notre avancée fera fuir les habitants vers l’est, vers cette trouée au fond. Il sera vain d’essayer de les poursuivre. Par contre, il y a une vieille route ici, qui débouche non loin de la trouée.
Le chevalier se pencha sur la carte.
_ Prends un régiment, ainsi que des chariots porte peste. Marche sur la trouée à pas forcé. Tu n’auras plus qu’à attendre la moisson.
_ Il en sera fait selon vos ordres, Maître, dit le chevalier en se retirant.
Arthas se retourna et s’avança vers un long cercueil, dont il souleva le couvercle. A l’intérieur se trouvait le corps desséché d’un sorcier.
_ Kel’Thuzad, il est l’heure pour toi de revenir parmi nous.


Explorateurs

Les profondeurs humides d’un temple troll depuis longtemps abandonné. Abandonné, mais pas vide. Dans ses couloirs sombres, rampent des créatures mortes depuis des ages, dernières gardiennes de trésors secrets.
Gothwajh la goule déambule dans un passage qu’elle connaît depuis des siècles. Ses pas traînant soulèvent toujours la même poussière. Elle ne prête même plus attention à l’autre goule qu’elle croise.
Elle avance encore un peu jusqu'à ce qu’un bruit étrange dans son dos la fasse se retourner.
A la place de sa consoeur, il n’y a qu’un stupide mouton bêlant. La goule s’approche, sans sentir le léger souffle derrière elle. Elle n’a que le temps d’entendre le souffle d’une lame, avant de constater que sa tête se détache de son corps et de s’effondrer dans la poussière.
Derrière le cadavre définitivement mort, une silhouette semble surgir du néant et se rapprocher lentement du mouton. En face, deux autres ombres plus petites avancent vers lui.
_ Bêêêêêê ?

_ Bien joué La Dague. Il ne t’a pas entendu arriver.
_ Silence le gnome, pour une fois que tu arrives à en transformer un.
Une grosse voix interrompit les chamailleries.
_ Suffit vous deux, on est plus très loin de la salle du trésor. Je le sens.
L’humain et le gnome s’échangeant des regards noirs, suivirent le nain dans la pénombre.
Au bout de quelques minutes le trio arriva dans une grande salle. Au milieu de deux rangées de colonnes décorées de portraits de trolls, trônait un sarcophage, dont le couvercle portait un gisant. Les trois intrus se précipitèrent vers la boite de pierre. Le nain posa sa lanterne sur le sol, et commença à lire les runes gravées sur le sarcophage. L’humain, tourné vers la salle, scrutait l’obscurité. Le gnome avait grimpe près du gisant. La statue représentait un roi troll immense de plus de trois mètres de haut. Dans ses mains serrées sur sa poitrine, elle tenait un objet qui brillait dans le noir.
Soudain, le fracas d’un puissant cor fit trembler les murs du temple pendant de longues secondes.
_ Saleté de gnome ! Qu’est ce que tu as touché ?
_ Rien. J’ai juste regardé.
_ La peste soit des gnomes et de leurs yeux au bout de leurs doigts !
Le sol tremblait. Soudain une main squelettique jaillit du sol, puis une autre, suivie d’un crâne. De la terre du temple, s’élevaient les gardiens du trésor.
_ Par la Barbe de Magni ! Vite à la por…
Le nain n’eut pas le temps de finir sa phrase. Le sarcophage vola en éclat, libérant un immense troll zombi.
_ Yaaaaahhaaa !!!!
La hache du nain engagea le combat avec le cimeterre du troll.
_Woodel ! Les squelettes !
Le gnome lança une incantation, et une dizaine de sacs d’os explosèrent sous une onde d’arcane. A grands coups de sa lame, le roi troll fit tomber le nain et sa hache à la renverse. Mais dans son dos, se matérialisa soudain l’humain qui s’abattit sur lui dans un tourbillon de dagues.
Les jambes et les tendons mis en pièces, le géant s’écroula dans la poussière. Les trois pillards se ruèrent vers la sortie de la salle, alors que d’autres squelettes émergeaient du sol, et que l’immense troll se traînait vers eux en beuglant. Une fois arrivés dans le couloir, le gnome lança par-dessus son épaule une petite grenade. Mais personne ne se retourna pour voir son effet.
Le temple fut traversé dans l’autre sens bien plus vite qu’à l’aller, et en peu de temps, le trio se retrouva dans l’épaisse foret qui entourait les ruines. Ce n’est que bien plus tard qu’ils s’arrêtèrent dans une clairière.
Tandis qu’ils reprenaient leur souffle, La Dague faisait sauter dans sa main un énorme diamant.
_ Alors comme ça t’as rien touché ?
Blême, Woodel porta la main à sa poche.
_ Sale voleur ! Rends moi ça !


Voyageuse

Le cheval avançait en trottant sur un petit sentier. L’herbe, en cette fin de printemps, était haute, et la nature resplendissait ce matin. Il semblait à la voyageuse que la guerre était bien loin. Mais son visage à moitié dissimulé par le capuchon d’une longue cape ne souriait pas. Perdue dans ses pensées, elle avançait machinalement.
Le sentier après le sommet d’une colline descendait dans une vallée traversée par une route, et sur la route avançait une file continue de personnes. A cette distance, elle put distinguer des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, la plupart à pied, quelques uns sur des charrettes. La voyageuse accéléra l’allure de sa monture en direction des réfugiés.

_ Madame, c’est l’Fleau. Une armée a été repérée au nord-ouest à trois jours de marche, alors on fuit vers l’est. Les soldats nous ont dit qu’ensuite en obliquant au sud, on r’joindrait les terres naines des Wildhammers.
La vieille femme qui répondait à la question était terrorisée. Tant de rumeurs courraient sur le Fléau. A cote d’elle son mari gémissait en se tenant la jambe. La voyageuse mit un pied à terre.
_ Montrez moi cette jambe grand-père.
La femme aida le vieillard à s’asseoir sur une pierre à coté de la route. La voyageuse se pencha sur la jambe, posa ses mains sur la cuisse. Dans le flot incessant de réfugiés, les regards se tournèrent vers la scène. Une douce lueur filtra entre les mains. Le visage crispé du vieil homme se détendit petit à petit, et finalement, il se releva tout seul. Son épouse prit les mains de la jeune femme dans les siennes.
_ Oh merci madame. Merci du fond du cœur.
_ Allons, ce n’est rien.
Le vieux couple s’en retourna vers la route. La voyageuse s’apprêtait à enfourcher sa monture.
_ Madame, s’il vous plait.
Elle se retourna pour voir une jeune paysanne, les yeux rougis, portant dans ses bras un bébé emmailloté dans des langes.
_ Chevalier, s’il vous plait, mon fils est malade.
La voyageuse retira sa cape, laissant apparaître sa longue chevelure rousse, une longue cote de mailles, revêtu d’un tabard bleu portant un poing blanc. Elle roula la cape et la déposa au sol.
_ Posez cet enfant la, que je l’examine.
Déjà derrière la paysanne, trois autres personnes s’approchaient, le regard plein d’espoir.

Le soleil rougeoyait sur les collines à l’ouest quand le dernier éclopé rejoint la colonne des réfugiés. La voyageuse, fourbue mais plus légère, remonta sur son cheval, et se joignit aussi au cortège des fuyards.

La colonne

Accroupies dans les hautes herbes, les deux silhouettes observaient en contrebas de l’aplomb rocheux. Dans le fond de la vallée, une longue colonne s’étirait sous les étoiles. Soulevant un épais nuage de poussière, l’armée des morts vivants s’avançait vers le sud-est parmi les montagnes naissantes.
Une des silhouettes, arc en bandoulière, scrutait l’immonde troupe à la lueur de la lune.
_ Plusieurs milliers. Et ils ont des chariots porte peste avec eux.
_ Pourquoi s’être séparés du gros de leur armée ? Et que vont-ils faire dans cette direction ?
La forme à l’arc tira le capuchon de son manteau en arrière, révélant la chevelure blonde et le visage élancé d’une haute-elfe.
_ La vieille route naine, sœur. Elle mène à la vallée suivante où se trouve une petite cité humaine.
L’autre silhouette se releva.
_ Nous n’avons fait que fuir depuis la chute de Silvermoon, depuis la mort de notre sœur.
L’image du visage terrifié disparaissant dans la masse grouillante des créatures des ténèbres revint en mémoire des deux elfes comme une gifle.
_ Tu as raison, il est temps de faire payer ces monstres.
_ Comment ?
_ Sans doute veulent ils prendre la cite humaine à revers. Toi, tu vas passer à travers les montagnes pour prévenir les humains. De mon coté, je vais essayer de les ralentir.
Leurs regards se croisèrent.
_ Sois prudente petite sœur. Tu es la seule chose qui me reste.


L'auberge

Les 3 aventuriers regardaient le misérable ragout et le minuscule tonnelet de bière qui constituaient leur diner.
Woodel le gnome rompit le premier le silence.
_ Comment je pouvais deviner que le diamant était faux ?
_ Fallait laisser Bhrann la vérifier avant de déclencher le piège; lui lança LaDague.
Le nain grogna.
_ Nous voilà rrefaits. Pas une pièce d'orr en poche et d'aprrès ce qu'a dit l'auberrgiste, le Fléau n'est pas trrès loin.
Ses deux compagnons plongèrent leur visage dans leur assiette à l'évocation de l'armée mort-vivante.
_ Faudrra pas moisirr ici. On parrt dès le diner avalé.

Tout en avalant son plat de viande, le nain observait les autres clients de l'auberge. Quelques bourgeois qui fuyaient le nord et l'ouest où avait été signalée l'armée du Fléau. Et dans un coin un vieux soldat en grande discussion avec une elfe. A ses vêtements, Bhrann avait deviné qu'elle venait de Silvermoon.

Soudain, le soldat se leva, se dirigea vers le milieu de la salle. D'une voix assurée malgré son age il prit la parole et fit cesser les conversations à chaque table.

_ Voyageurs ! Veuillez écouter ma requête. Je viens d'obtenir de précieuses informations.
Vous le savez tous, le Fléau passe dans l'ouest de notre vallée. Vous et de nombreux autres réfugiés êtes en route vers la trouée de l'est et vers les terres naines des Wildhammers. Un messager vient de m'informer qu'une colonne s'est détachée du gros de l'armée du fléau et progresse à l'abri des montagnes vers la trouée. Cette armée pourrait barrer le passage aux réfugiés.
Un brouhaha se répandit dans la salle.
_ Il y a cependant une chance. La route qu'emprunte l'armée ennemi passe par un col, autrefois défendu par un vieux fort aujourd'hui désaffecté. Une troupe de cavaliers aurait le temps d'y parvenir avant que le Fléau ne franchisse le col et pourrait les y bloquer le temps que les réfugiés puissent franchir la trouée.
Un des bourgeois se leva.
_ Si des cavaliers ont le temps de rejoindre ce fort, nous avons largement le temps aussi de passer la trouée.
_ Monseigneur, vous et vos gens, êtes à cheval. Vous aurez le temps de passer, mais pensez aux nombreux réfugiés qui sont à pied sur les routes en ce moment même.
L'homme se rassit.
_ Je ne dispose que de quelques soldats. La plupart des autres sont partis depuis longtemps avec le prince de Lordaeron vers le nord. Aussi, je lance un appel à toute bonne volonté prête à nous épauler dans la défense de ce fort.
Le soldat marqua une pause.
_ Il va de soi que la solde sera à la hauteur du risque.

Un silence tomba sur l'assistance.

_ J'en suis ! déclara une voix féminine près de la porte d'entrée. Bhrann dévisagea la nouvelle venue. Jeune, de longs cheveux roux, tombant sur une chemise de maille et un tabard symbolisant un poing blanc.
Le regard du nain croisa celui de son compagnon humain, puis se porta sur le gnome.
_ Vous pouvez compter sur moi aussi, capitaine, lança l'elfe qui s'était levée de sa table.
La plupart des notables se tassèrent et fuirent du regard le vieux soldat.
_ Au diable le danger. On a trrop besoin de cet arrgent, grommela le nain.
Le gnome et l'humain acquiescèrent .
_ Comptez trrois soldes de plus, l'ami ! cria Bhrann en se levant sur sa chaise.


Sur la route

La petite troupe menée par le vieux capitaine ne comportait qu'une trentaine d'hommes, mercenaires compris. Elle s'avançait au trot sur la route de l'est.
Bhrann demeurait silencieux, le regard perdu comme si il essayait de voir au delà de l'horizon le destin qui les attendait. Woodel boudait toujours à cause du faux diamant. LaDague laissa ses compagnons pour chevaucher près de la jeune femme rousse.

_ Vous semblez bien déterminée mademoiselle. Savez vous que cette aventure peut être dangereuse ?
_ De nos jours, tout est dangereux, monsieur ... LaDague ? Est ce bien ça ?
Le forban sourit.
_ LaDague, tout court mademoiselle.
_ Pourquoi ce surnom ?
_ Vous le saurez quand vous me verrez à l'œuvre. Je resterais près de vous, si jamais la bagarre devait mal tourner.
Elle le regarda de haut.
_ Je pense que vous vous trompez. Je suis suffisamment grande pour m'occuper de moi même, et sachez que je suis mariée.
Le voleur réprima une grimace.
_ Quel piètre mari abandonnerait sa ravissante épouse dans une période aussi troublée ?
La paladine ne répondit pas sur l'instant. Devant elle, passait les images d'un couple descendant les marches d'une église, puis celle d'un chevalier quittant son village.
_ Un mari parti faire son devoir avec l'armée de Lordaeron et qui fut un des premier à tomber face au Fléau.
LaDague se racla la gorge, laissa passer un long silence gêné, avant de lancer:
_ Bon, je vais voir à l'avant de la colonne si cette "longues-oreilles" ne se trompe pas pour bifurquer vers le col.
Il donna un coup d'éperon à sa monture, et partit vers l'avant de la troupe.


Le piège

Le sol caillouteux tremblait sous les pas de l'armée du Fléau qui s'étirait en une longue colonne. La route serpentait le long de la montagne et se rétrécissait. Derrière une escouade de goules, des abominations tiraient le premier chariot porte peste. Les roues grinçaient dans la poussière et couvraient le grognement des monstres.

Soudain, le chariot se souleva de quelques mètres dans une explosion de flammes, et disparu dans un nuage de fumée. Une des abominations à moitié en feu, se roulait par terre en hurlant. Les sergents crièrent des ordres, les goules et les squelettes se précipitèrent pour éteindre les flammes de leurs mains.
Une odeur de chairs pourries et brûlées remonta la colonne arrêtée. A l'avant, le chevalier contemplait silencieux la carcasse calcinée du chariot porte peste.
_ Sergent, faites dégager la route au plus vite. Envoyez plus d'éclaireurs inspecter soigneusement notre itinéraire. Nous sommes repérés.
_ A vos ordres, monseigneur !
La goule s'éloigna, tandis que parmi celles restées près du chariot, une autre huma l'air longuement.
_ Elffeu, lacha t'elle avec sa mâchoire à moitié décrochée.
Le chevalier ne répondit pas, se contentant de scruter la crête des collines avoisinantes de ses yeux morts.


Le fort

L'elfe chevauchait en tête du petit groupe de soldat. Le fort n'était plus très loin, et elle se demandait si sa sœur l'attendrait déjà là bas. Juste derrière elle, le vieux capitaine essayait de la rattraper car sans le vouloir, elle avait fait accélérer sa monture.
_ Dame Kalia, ne partez pas trop en avant. Nous ne savons pas si le fort est sûr. L'ennemi pourrait déjà s'y trouver.
Il arriva à sa hauteur.
_ Mélia, ma sœur aura tout fait pour que cela n'arrive pas. Faites lui confiance.
_ Est elle prêtresse de la Lumière comme vous ?
L'elfe sourit.
_ Non, c'est une fille des bois. Une ranger de notre défunte Sylvanas.
_ J'ai pu dans ma jeunesse participer à une chasse avec votre ranger général. Sa mort est une grande perte pour l'Alliance.
Kalia baissa le regard.
_ Oui, pour cela aussi, Arthas devra rendre des comptes.

La route était de plus en plus raide, et serpentait accrochée au flanc de la montagne. A leur gauche, une paroi raide les dominait. A leur droit, c'était un à pic vertical de près de cinq cents mètres de haut qui tombait dans un torrent vif. La route faisait cependant une dizaine de mètres de large, témoin de l'art des terrassiers nains.
Enfin, au détour d'un lacet, ils aperçurent le fort d'Atgen.

Bâti sur une partie de la route qui s'élargissait, il en bloquait totalement le passage. Perché dans le col, il était quasiment impossible de le contourner par le haut. Et en contrebas s'étendait un lac profond qui alimentait le torrent. Les parois étaient presque verticales et plongeaient dans les eaux sombres. A part les lourdes portes de chêne du fort, il n'y avait aucun voie.
Resserrant les rangs, la petite troupe s'approcha du fort. Une légère fumée blanche s'échappait de derrière les murs. Les portes étaient fermées.

Lorsqu'ils furent à une centaine de pas du mur, une tête casquée apparut entre les créneaux.
_ Qui va là ? cria le soldat.
_ Le capitaine Angor. J'ai ordre de renforcer la garnison et de tenir le fort contre tout assaillant.
_ Avancez mon capitaine, répondit le soldat avec de la joie dans la voix.

Un peu plus tard, alors que les voyageurs descendaient de leur monture dans la cour du fort, Angor discutait avec le sergent qui commandait la petite garnison.
_ Non, mon capitaine, nous n'avons vu personne depuis une semaine. Tout est bien trop calme, avec tous les bruits de guerre venus du nord ces derniers mois.
Kalia semblait déçue par le récit du soldat.
_ De combien d'hommes disposez vous ? poursuivit le capitaine.
_ Huit, messire.
_ Avec nous, cela fait quarante. Pourriez vous envoyer une patrouille sur la route plus au nord ? Nous devons être alertés au plus vite de l'arrivée de l'ennemi.
_ L'ennemi ? Vous voulez dire ... le fléau ?
_ Oui sergent. Et en l'attendant, allons déjeuner. Peut être que nous n'aurons pas le temps de nous restaurer dans les heures à venir.


Premier assaut

Un cri déchira l'aube rougeoyante.
_ Ils arrivent !
Puis la sentinelle agita vigoureusement la cloche d'alarme. Les soldats jaillirent des baraques à l'intérieur du fort pour se ruer sur les remparts. En quelques minutes, les murs étaient garnis de leurs défenseurs. Tous les regards se portaient sur l'étroite portion de route accrochée au flanc de la montagne. A quelques lieux devant le fort, un nuage de poussière progressait lentement. Angor pointa une longue vue en direction des ennemis. Devant le mur ocre de terre qui masquait le gros des troupes, marchaient quelques goules, trainant leur membres pourris sur la terre de la route. Petit à petit, l'armée des morts vivants passa sur une partie plus rocailleuse, et le nuage se dissipa, révélant son immensité.
Dans les rangs des défenseurs, il n'y eut pas un murmure. Tous étaient saisis d'effroi à la vision de ces milliers de goules, de squelettes entourant des abominations géantes, et d'énormes chariots porte peste. Le temps semblait suspendu. Dans un instant qui sembla interminable, les mains tremblèrent, les genoux fléchirent. Le moindre mouvement de recul eut provoqué une panique et un sauve qui peut général. Même Angor restait sans voix face à l'implacable puissance qui allait s'abattre sur eux.
Personne ne vit le regard de Bhrann, d'abord tremblant de peur, plonger vers le sol, comme pour y chercher le soutien de ses créateurs les Titans, et se relever avec une lueur de détermination.
_ Mon nom est Bhrann Tranchacier, et nulle créature vivante ou morte ne me fera reculer !
La voix puissante résonna contre la roche de la montagne. L'armée des morts-vivants s'arrêta un instant, et repris sa marche en direction du fort.
Le nain se tourna vers le vieux capitaine.
_ Honorons par notre combat côte à côte, nos prestigieux chefs de guerre qui luttèrent ensemble : Magni Barbe de bronze et Anduin Lothar.
Angor regarda le nain tout étonné de trouver autant de courage en cet instant. Bhrann répéta plus fort :
_ Pour Magni et Lothar !
Le capitaine reprit en levant son épée.
_ Pour Magni et Lothar !
Le nom du héros de l'Alliance redonna courage et confiance aux humains, et du fort jaillit un seul cri en direction de l'horrible armée :
_ Pour Lothar !
Le chevalier de la mort, au milieu de ses troupes laissa échapper un cri strident qui aurait du glacer le sang des défenseurs, et leva son épée à lame noire, donnant le signe de charger à son armée.
A peine les corps en putréfaction avaient accéléré leur pas, qu'à nouveau monta une clameur du rempart :
_ Pour Lothar !
Des poitrines qui ne respiraient plus jaillit une réponse difforme au défi. Sur les remparts, les hommes tendaient leur arc ou leur arbalète. Les morts arrivaient à portée d'un pas rapide.
Pour la troisième fois, avec la force d'une lame d'acier, le nom du héros fendit l'air de la montagne.
_ Pour Lothar !
Mais la marée de morts qui se ruait sur le fort n'eut pas le temps de répondre. Dans un fracas étourdissant, un pan de la montagne se décrocha et s'effondra sur l'avant garde de l'armée du fléau. Tout disparu dans un nuage de poussière.

Sur le rempart, tous se regardèrent stupéfaits de ce miracle. L'invocation du nom de Lothar avait elle provoqué cet éboulement ?
Le nuage de poussière retomba un peu, laissant apercevoir un énorme bloc qui obstruait complètement la route. Seuls quelques créatures du fléau était passée devant la chute de pierres, mais elles marchaient encore en direction du fort.
La prêtresse elfe cria en pointant son doigt vers le versant de la montagne :
_ Mélia !
Non loin du point de départ de l'éboulement, se tenait accrochée à la paroi, une haute-elfe. Le capuchon de son manteau masquait son visage. Elle passa son arc en bandoulière et commença à sauter de pierre en pierre pour descendre de son perchoir. Avec grâce et en quelques instants, elle se laissa tomber sur la route comme un chat. Elle se releva aussitôt, et se mit à courir en direction du fort. Rapidement, elle rattrapa les quelques goules qui trainaient leur carcasse vers le rempart. Sans s'arrêter, elle tira son épée et envoya voler dans les airs deux têtes à moitié décomposées.
_ Mélia, attention !
Sur l'éboulement, quelques créatures du fléau s'étaient hissées. L'une d'elles arma et pointa un long fusil.
_ Mélia, non !
Claquement sourd résonnant contre la montagne. L'elfe s'arrêta brusquement dans sa course. Son capuchon tomba en arrière, révélant sa longue chevelure blonde. Elle tituba encore en direction du fort, s'approchant du bord de la route.
Une seconde détonation déchira l'air. L'elfe fit encore quelques pas, et bascula dans le vide.
La chute dura de longues secondes dans un silence étourdissant. Le corps disparut dans le lac, sans bruit, et dans tourbillon de bulles, Mélia, ranger de Lune d'Argent s'enfonça dans les profondeurs sombres du lac d'Atgen.
_ Méliaaaaaa !
Les morts vivants perchés sur l'éboulement n'eurent même pas le temps de sentir l'air refroidir et s'électriser. Un immense éclair jailli du ciel et foudroya le groupe.
La prêtresse tomba à genoux sur le remparts du fort. La force de sa colère avait pulvérisé les créatures, mais aussi fendu en deux l'énorme rocher. Une faille d'un mètre de large s'y trouvait à présent, et quelques instants plus tard en jaillirent deux goules.

_ Feu à volonté et bloquons les ! cria Woodel le gnome, en même temps que de ses mains jaillit une boule de feu qui partit désintégrer les assaillants.
_ Archers ! Feu !
Une volée de flèches s'abattit sur la deuxième vague qui venait à peine de sortir de la faille. La troisième subit le même sort.
_ Nous les tenons, pensa Angor.

Pendant de longues heures, les troupes du fléau tentèrent de franchir la faille, mais sa faible largeur permettait au petit nombre de défenseurs de massacrer les attaquants avant que ceux ci puissent avancer. Après plusieurs centaines de pertes, l'assaut cessa. Le silence retomba sur le fort et sur la route.

_ Ils n'ont pas de mage ou de sorcier avec eux, déclara la paladine.
_ Comment pouvez vous en être sure ? demanda Angor.
_ Si il disposaient d'un pouvoir magique, le rocher aurait déjà été détruit.
_ Sans doute, mais ...
De l'éboulement, montait un bruit de pioches, confirmant l'idée de la paladine.
_ Arthas a fait une erreur en sous estimant la résistance que pouvait rencontrer cette troupe, déclara t'elle.
_ Cette erreur sera t'elle grave ? se demanda le capitaine.
_ A nous de faire qu'elle le soit.

Durant le reste la journée, les défenseurs ne virent rien de l'ennemi et n'entendirent que le bruit des pioches et des pelles qui creusaient l'éboulement. Et quand la nuit tomba, l'armée des morts-vivants continuait son travail.


Le vieux capitaine et le nain

Le crépuscule commençait à entourer le fort, et l'on entendait toujours les troupes du Fléau creuser et dégager l'éboulement. Dans la cour, les soldats se relayaient pour prendre un rapide diner autour d'un feu. Angor, le vieux capitaine était en train de finir son assiette quand un petit groupe, mené par le sergent du fort s'approcha. Il les regarda longuement dans les yeux, sans dire un mot. Le sergent rompit le premier le silence :
_ Capitaine …
_ Oui ?
_ Sauf votre respect mon capitaine, les hommes et moi, nous nous demandions …
_ Quoi ?
Le sergent déglutit.
_ Est ce toujours utile de défendre ces remparts ? Je veux dire que les réfugiés ont peut-être eu le temps de passer, non ?
_ En êtes vous sur, sergent ?
Le capitaine se releva et se dirigea vers le feu, la main sur la garde de son épée. Il appela d'une voix forte :
_ Soldats ! Soldats !
Tous les hommes dans la cour s'approchèrent, et ceux sur les remparts se retournèrent.
_ Soldats, je ne vous cache pas que le combat que nous mèneront ici demain sur ces murs sera désespéré. Oui, il sera désespéré pour nous, mais plein d'espoir pour les nôtres, pour nos familles, nos amis et nos proches. Plus nous tiendrons ici, plus nous leur offrons de chances d'échapper aux armées du Fléau.
Aux premiers mots du vieux soldat, même les mercenaires s'étaient approchés .
_ Soldats, demain vous serez victorieux. Victorieux, car chaque heure, chaque minute où ces créatures maudites piétinent devant nos murs est une victoire pour nos femmes et nos enfants. Chaque instant sera une vie de sauvée ! C'est pourquoi, je vous demande de rester et de vous battre ! Quoiqu'il advienne, je tiendrai ce mur seul.

Alors qu'il écoutait le discours du capitaine, Bhrann le nain semblait perdu dans ses pensées. Derrière ses yeux sombres, de vieux souvenirs enfouis remontaient à sa mémoire. Dans sa tête, résonnait un appel ancien.
_ Bhrann ! Bhrann, reviens, sale lâche !
Un guerrier nain hurlait, son casque à moitié brisé et le visage en sang. Bhrann courait dans les couloirs irréguliers d'une caverne de basalte. Derrière lui montait des hurlements et des bruits de combat.
_ Bhrann !
Le corps coupé en deux d'un autre nain tomba aux pieds du guerrier, et le rugissement d'une gigantesque et mythique créature fit trembler les parois de toute la caverne, le rugissement d'un dragon. Bhrann continuait sa course, fuyant le massacre. Quatre compagnons étaient déjà tombés sous les griffes du ver noir. Le dragon voulut saisir dans gueule le guerrier au casque brisé, mais celui-ci frappa de taille la tête de son terrible adversaire. La hache du nain fit gicler le sang visqueux de la bête, et celle-ci recula.
_ Bhrann, sale lâche ! Soit maudit !
Courroucé, le dragon pivota rapidement. Son énorme queue garnie de pointes acérées pulvérisa le guerrier contre les rochers.
Bhrann, pourtant déjà loin, entendit craquer les os du corps de son dernier compagnon.

Personne ne vit le nain essuyer ses larmes avant de s'avancer à son tour vers le feu.

_ Capitaine !
Tous les hommes se tournèrent en direction de la voix puissante.
_ Capitaine, toute ma vie, j'ai fui, j'ai refusé les combats difficiles. Mais aujourd'hui. Aujourd'hui, mes ennemis ne verront plus mon dos.
Le nain se pencha, et de la pointe de sa hache, traça une ligne sur le sol.
_ Par tous mes ancêtres, je fais le serment que je ne repasserai pas cette ligne tant qu'une de ces créatures sera encore debout !


Veillée d'armes

La pression était retombée, et les soldats avaient rejoint leur poste, ou essayaient de se reposer. Près du feu, Bhrann s'était assis. Il passait machinalement une pierre à polir sur la lame de sa hache. La Dague et Woodel l'avaient rejoint.
L'humain semblait de fort mauvaise humeur.
_ Qu'est ce qu'il t'a pris ? Tu as vraiment l'intention de mourir ici ?
Bhrann continua d'aiguiser son arme.
_ Oui, car c'est ce lieu que le destin a choisi pour moi.
_ Le destin ? Oh, toi tu es à jeun.
_ Pas du tout. Mais ce serait trop long de t'expliquer les croyances naines.
Le voleur soupira.
_ Des croyances naines ? Mais dis quelque chose Woodel !
Le gnome sourit à son compagnon.
_ Je respecte le choix de Bhrann. Il m'a sauvé la vie quand nous nous sommes rencontrés il y a longtemps, alors je resterai avec lui.
La Dague hissa les mains au ciel.
_ Un nain bigot et un gnome honorant une dette d'honneur ! Mais quels temps vivons nous ?
Il se releva d'un bond.
_ Je suis un mercenaire. Je me bats pour de l'argent, mais je ne mourrai certainement pas pour tout l'or du monde.
Il serra longuement la main de ses compagnons, et disparut dans l'obscurité en direction de l'arrière du fort.

Sur le rempart arrière d'Atgen, se tenait assise la jeune femme rousse. Elle avait posé son heaume à ses côtés, et elle regardait les étoiles. Une légère brise souleva ses mèches et caressa sa joue. Elle ferma les yeux et murmura :
_ Halgenaar …

_ Halgenaar ! Halgenaar, attends moi !
Une fillette rousse courrait dans un champ quelques mètres à peine derrière un garçonnet un peu plus âgé qu'elle. Devant eux un groupe d'enfants formait un cercle. Le garçonnet, presque arrivé à leur hauteur leur cria :
_ Arrêtez ! Laissez le !
Ils se retournèrent vers lui, brisant le cercle et laissant apercevoir un autre enfant agenouillé dans l'herbe, le nez en sang.
Le plus grand du groupe s'approcha du garçonnet.
_ Tu comptes nous empêcher de lui donner une correction ?
_ Oui !
Le chef de la bande s'avança poing en l'air, mais avant d'avoir pu esquiver un geste, reçu un violent coup de pied au ventre. Un crochet finit par l'envoyer par terre. Les autres agresseurs, impressionnés par le regard décidé du jeune garçon, reculèrent et s'enfuirent en direction des bois, en ramassant leur chef à moitié sonné.

Un peu plus tard, le garçonnet et la fillette étaient assis sur un muret de pierres plates.
_ Tu sais, quand je serai grand, je servirai toujours la justice pour protéger les faibles.
_ Alors, tu seras un chevalier de Lordaeron, lui répondit-elle en riant.
_ Peut-être !
_ Et moi, je serai ta dame, chevalier Halgenaar, ajouta t'elle en lui prenant la main.


La Dague toussa pour tirer la chevalière hors de ses pensées. Elle le regarda longuement.
_ Alors, vous nous laissez ? finit elle par dire.
_ Oui. C'est que moi, je n'ai personne à rejoindre dans l'au delà.
Elle sourit.
_ Vous pensez que je recherche la mort pour y retrouver mon mari ?
La paladine se releva en s'appuyant sur son marteau de guerre.
_ Sachez, que ce n'est pas pour la mort que je combat, mais pour la vie.
Elle se planta droite face à lui.
_ Tant que je me battrai pour ses idéaux, mon bien-aimé ne mourra jamais.
Puis, elle se retourna et repartit en direction du centre du fort. Elle ajouta sans se retourner :
_ Bonne chance, monsieur La Dague. Puissiez vous trouver un jour la Lumière.
Le voleur haussa les épaules, sauta du rempart, et disparut dans la nuit.


Atgen

Angor se réveilla du sommeil léger qu'il s'était accordé. La nuit était encore là, mais une pale lueur à l'est annonçait l'aube prochaine. Dehors, résonnaient encore le bruit des pioches sur les rocs. Le capitaine se leva et se dirigea vers les remparts.
Une des sentinelles se redressa et scruta l'obscurité. L'énorme silhouette du rocher fendu se découpait à présent dans la pénombre décroissante. Soudain, dans un fracas, le rocher disparut dans un nuage de poussière.
La sentinelles eut à peine le temps de se retourner pour crier l'alarme, qu'un hurlement monta du nuage de poussière sur la route, et couvrit le bruit des gravats qui s'effondraient le long de la montagne. Cinq mille mort vivants de lançaient à l'assaut du fort.
En quelques instants, la horde monstrueuse avait déjà parcouru la moitié de la distance qui la séparait des remparts. Les défenseurs tiraient leurs premières flèches. Woodel, le gnome, lançait des boules de feu sur les assaillants. Leur lueur révélait un instant la marée noire qui s'avançait, puis elles s'abattaient sur eux, en creusant de grands sillons dans leurs rangs. Les flèches sifflaient, et peu rataient leur cible, mais les défenseurs étaient trop peu nombreux, et la masse des goules et des zombis progressait inexorablement vers les murs. Le vieux capitaine hurlait ses ordres, exhortait ses vaillants soldats à tenir. Les boules de feu continuaient de tomber sur les rangs des morts vivant, les embrasant par dizaines. Mais les corps mués par la terrible volonté du fléau avançaient toujours, jusqu'à ce que complètement ravagés par les flammes, ils ne se disloquent en roulant par terre.
Enfin, les premiers rangs arrivèrent sur la porte. Les créatures frappèrent de leurs armes l'épaisse masse de bois. Déjà derrière elles, d'autres arrivaient, frappaient à leur tour la porte, grimpaient sur les premières. Telle une vague, la masse des morts vivants s'entassait contre les remparts et montait vers les créneaux.
C'est à ce moment là, que les créatures du fléau restées plus en arrière lancèrent de leur fronde une pluie de billes d'acier sur les défenseurs. Plusieurs soldats tombèrent fauchés. Le capitaine hurla en tenant la joue à moitié arrachée. Mais alors qui serrait de sa main gauche ses chairs ensanglantées, il sentit une douce chaleur l'envahir. Soudain sa main ne sentit plus que sa peau à nouveau lisse. Angor se redressa et vit derrière lui la silhouette d'une prêtresse haute-elfe. Kalia lui sourit, avant de se retourner vers d'autres blessés à soigner.

La porte avait disparu sous la masse grouillante des créatures. Par endroit, leur empilement atteignait les créneaux et des créatures commençaient à se hisser sur le rempart. Les soldats avaient lâché leur arc pour frapper de leur épée les monstres qui les assaillaient. Rapidement, ils furent débordés. Malgré le nombre d'ennemis abattus, les défenseurs ne pouvaient que reculer.
Dans un craquement sonore, la porte s'effondra sous le poids des morts-vivants. Tel une rivière de boue, un flot d'os brisés et de chairs écrasées se déversa dans la cour : les premiers assaillants avaient été pulvérisés par la pression de la masse grouillante. Les soldats du Fléau se ruèrent à l'intérieur de la forteresse.
Mais les premiers rangs tombèrent décapités, tranchés en deux par quelques moulinets d'une grand hache.
_ Khaz Modan, hurlait la silhouette d'un nain qui tournoyait en faisant une grande saignée dans le flot des créatures.
Depuis les remparts, Woodel continuait de pulvériser de grandes quantités de morts-vivants juste devant la porté brisée. Tellement pris à sa tâche, il ne vit pas une goule montée sur le rempart se ruer dans son dos. Le gnome eut juste de temps de se retourner. La goule s'apprêtait à se jeter sur lui, quand sa tête vola dans les airs. Le corps se mit à tituber, et tomba en contrebas. Le mage cligna des yeux, et doucement apparu une silhouette familière.
_ La Dague, cria t'il.
Le voleur se mit dos à dos avec lui.
_ Alors, tu ne sauras jamais couvrir tes arrières ?
_ Je te croyais loin. Je pensais que tu ne mourrais pas pour tout l'or du monde.
_ Pour tout l'or du monde, non. Mais pour des amis, je veux bien.

Dans la cour, le combat faisait rage. Bhrann continuait d'éclaircir les vagues de morts-vivants qui se déversaient par la porte. La paladine frappait autant de son marteau de guerre, que de ses puissants sorts sacrés. Dans les cris des créatures, le fracas des armes, les hurlements horribles des soldats qui succombaient sous le poids des innombrables mâchoires, la bataille semblait indécise.
Soudain, le flot des créatures s'écarta, et leur commandant franchit la porte du fort sur son destrier noir. Angor, toujours perché sur les remparts vit l'occasion de frapper l'armée adverse à sa tête. Avec une habileté de jeune homme le vieux capitaine se jeta dans le vide sur le noir chevalier. Dans un fracas d'armure, les deux guerriers roulèrent à terre. De la porte, se déversa un flot plus compact encore de créatures.
Angor se releva. Il fit quelques pas, mais lâcha son épée. De son armure percée, jaillissaient de gros flots de sang. Le vieux capitaine tomba à genoux. L'immense lame du commandant du Fléau vibra dans l'air, et la tête d'Angor roula sur les pavés du fort d'Atgen.
_ A nous la victoire, cria le noir chevalier. Les créatures galvanisées lachèrent un cri d'unisson effrayant.
Un bouclier paré d'une aura bénite vint renverser le commandant. Le chef des morts-vivants se redressa vivement, nullement sonné par le coup. Devant lui se tenait la paladine, bouclier en avant, marteau de guerre relevé. Ses mèches rousses flottaient dans les tourbillons de vent créés par les brasiers. Ses yeux montraient une ferme et calme détermination. Avec un cri de bête, le commandant frappa de toutes ses forces. La chevalière détourna le coup de son bouclier.

Sur le rempart, La Dague et Woodel luttaient désespérément, assaillis de toutes parts. Le mage sentait son énergie magique s'épuiser.
_ La petite nous vole la vedette !
_ Pour une fois que ce n'est pas toi qui vole, grommela le gnome.
Autour d'eux se massaient de plus en plus de créatures. Les morts vivants attendaient d'être assez nombreux. Lentement, ils s'approchaient des deux amis.
_ Je crois que c'est le moment de dire quelque chose pour la postérité.
_ Que penses tu de « A table ! » ?
Soudain les créatures se jetèrent sur eux, et en quelques secondes, ils disparurent dans la masse informe.

Au milieu de la cour, Bhrann continuait de trancher, couper, éviscérer. Son corps était couvert de blessures. Derrière lui, Kalia utilisait ses dernières forces pour le soigner. L'énergie magique de l'elfe entoura une dernière fois le corps du nain et lui redonna quelques forces. Elle aussi était entourée de créatures, et tandis que les monstres commençaient à dévorer ses chairs, elle lança un dernier sort sur le nain.
Bhrann se jeta encore en avant, faisant tomber les têtes de deux immenses guerriers squelettes, mais les rangs des morts-vivants s'écartèrent, et les frondeurs lancèrent une nuée de projectiles sur le guerrier. Le nain se figea sur place, percé en de nombreuses blessures. Il baissa les yeux au sol, et murmura :
_ Amis, puissiez vous pardonner ma lâcheté.
Il tomba en arrière, la tête sur la ligne qu'il avait tracé de sa hache sur le sol.

Plus loin, le combat entre la paladine et le commandant du Fléau faisait rage. Malgré toute sa rage, les coups de la puissante épée à deux mains ne brisaient pas la défense de son bouclier. Autour d'eux, les créatures du Fléau s'étaient massées en cercle, mais n'approchaient pas. La volonté du chevalier noir les tenait à distance de son duel. Le chevalier de la mort prenait plaisir à écraser cette servante de la Lumière. Le rythme de ses coups ralentit. La chevalière en profita, et frappa de son marteau son propre bouclier. Un flash aveugla toutes les morts vivants. Le marteau sacré s'envola vers le lourd heaume du commandant. Il n'eut pas le temps de parer. L'arme heurta le casque qui sauta dans un bruit de métal.

Le casque rebondit sur le sol. La paladine tomba à genoux. De longs cheveux blonds glissèrent sur les épaules du chevalier de la mort, tandis qu'il redressait sa tête quelque peu déformée par le choc.
_ Halgenaar …
Les bras sans force de la chevalière laissèrent choir ses armes. Les yeux embués de larmes, elle vit à peine la créature relever son épée. Alors en poussant un hurlement inhumain, le chevalier de la mort planta sa lame dans la poitrine de la paladine.



Citadelle de la Couronne de Glace

Le chevalier de la mort achevait son récit.
_ Mon âme prisonnière de mon corps mort et de ta volonté a hurlé quand mes propres mains ont enfoncé mon épée dans la poitrine de ma femme. Chaque jour, elle a hurlé, jusqu'au moment où elle a trouvé assez de forces pour briser ton emprise et se libérer.
_ Ainsi, c'est pour une vulgaire amourette que tu m'a trahi, Halgenaar ? lâcha le Roi-Liche.
_ Trahi ? Mais c'est vous qui nous avez trahi ! C'est vous qui avez trahi votre peuple et votre père !
_ SILENCE !
_ Il est temps de payer vos crimes prince.
Arthas ricanna.
_ Tu penses vraiment être de taille ? Écoute, nous allons nous battre sans pouvoirs magiques. Un duel de chevaliers, comme au temps jadis de nos entrainements.
Halgenaar tira son épée. Arthas avait déjà brandit Deuillegrive et se ruait sur son adversaire. Les armes s'entrechoquèrent. Les deux adversaires échangèrent quelques passes.
_ Tu ne fais pas le poids. Renonce et reprend ta place dans mon armée.
Le chevalier de la mort se lança à son tour dans une série d'attaque.
_ Renonce. Ton combat stupide ne fera pas revenir ton aimée.
Les deux épées s'entremêlèrent.
_ Tant que je combats pour ses idéaux, elle ne mourra jamais.
Arthas dégagea sa lame, et repoussa son adversaire.
_ Alors, elle mourra avec toi aujourd'hui.
Le Roi-Liche se précipita en avant et abattit son épée de toutes ses forces sur Halgenaar. Le chevalier de la mort para le coup et fit tournoyer l'arme d'Arthas au dessus de sa tête. Deuillegrive vola dans les airs et retomba quelques mètres plus loin sur les dalles glacées.
_ C'est la fin mon prince.
Halgenaar leva son épée au dessus du Roi-Liche désarmé.
Arthas n'eut aucun geste à faire. Juste une pensée, et Deuillegrive s'était élevée seule dans les airs, lancée contre son adversaire et s'était fichée dans son dos entre ses deux homoplates.
Le chevalier de la mort, épée levée au dessus de sa tête, baissa le regard sur la lame qui sortait de sa poitrine. Puis ses yeux se relevèrent vers Arthas.
_ Vous pouvez triompher aujourd'hui mon Prince, mais beaucoup d'autres viendront sur ces terres. Quelques uns parviendront jusqu'à votre forteresse, et un jour vous tomberez.
Lentement, le chevalier tomba sur le sol. Ses yeux étaient grand ouverts, mais ils ne voyaient déjà plus le sinistre décor de la citadelle. Il baignait dans une lumière douce. Devant lui, une silhouette d'enfant courait. Une voix de fillette l'appela.
_ Halgenaar, Halgenaar, attends moi !


Assis sur son trone de glace, Arthas méditait. Il songeait aux paroles d'Halgenaar et aux rapports de ses éclaireurs sur une force expéditionnaire débarquée sur les côtes sud de Nordfendre.
Vous pouvez triompher aujourd'hui mon Prince, mais beaucoup d'autres viendront sur ces terres. Quelques uns parviendront jusqu'à votre forteresse, et un jour vous tomberez.

Alors que le Roi-Liche réfléchissait, sur le ponton installé dans les Fjords hurlants, une jeune paladine brune déployait un étendard bleu, frappé une épée blanche.
D'autres viendront sur ces terres. Quelques uns parviendront jusqu'à votre forteresse, et un jour vous tomberez.
_________________
Maitseling, prêtresse d'Elune

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