Yseure
Amical


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MessagePosté le: Jeu Avr 19, 2007 10:57 am    Sujet du message: Yseure Brêves ou la comédie de la vie. Répondre en citant
Ils se font face, deux profils jumeaux aux lignes simples et pures. Ils sont frère et soeur. Elle est l'ainée. il est déjà plus grand qu'elle. A les voir, on pourrait croire qu'ils fomentent une farce de bon aloi destinée à provoquer l'autorité paternelle, si ce n'était la fixité de leurs regards rivés l'un à l'autre, leurs lèvres anormalement closes. Il a peur pour elle, elle a peur pour lui.



-"Ys "

-"Ys, Yse, Yseure ! Tu m'écoutes quand je te parle "

Elle l'écoute ?
Non, tout au plus elle l'entend l'appeller, elle écoute autre chose.
L'heure vespérale où chacun reprend une activité après cette journée d'été, le bourdonnement des insectes, le vent du soir qui se lève, le claquement des draps qui sèchent, les cris de sauvage d'un jeune enfant, la voix posée de sa soeur qui enseigne la flûte, puis le son de la flûte. Les pas de son père, le bruissement de la fontaine, les arrosoirs qui s'entrechoquent, l'aboiement d'un chien, le hénissement d'un cheval, le chant d'un oiseau. Tout est là, vibrant de vie. Son esprit revient, se fixe sur le petit ploc qu'émet à chacun de ses mouvements, le fauteuil à trois jambes, qu'on a posé sur une malle pour qu'il tienne debout. Elle est à nouveau là, dans le grenier, refuge des refuges avec son complice de toujours.


Le presque jumeau regarde sa soeur, une jambe repliée sous elle, le front buté, le regard très loin, une main levée haut tenant une aiguille et un fil, elle recoud des boutons, enfin elle a des boutons à recoudre.

-Ys , qu'est ce que tu penses de ça ?"
Il se lève et déclame

Tout espoir est vain, il est temps.
Il ne faut pas succomber au sombre désir
D'un heureux songe rouge dont je rêve tant.
Pourtant, il est temps de choisir.

L'astre de la nuit pleure, il sent
Les cruelles souffrances du triste dédain
Que m'apporte la muse de mes sentiments.
Mes bras tendus portent mes mains
Vers le ciel. Tombent dessus les larmes lunaires.
Il me faut rejoindre les airs.

Je sens le baiser de l'argent.
Sa douceur éffleure ma peau nue, laissant fuir
De mon corps une impure cascade noire, donnant
Naissance au sombre étang de mes profonds désirs.
La sombre mare retourne dand les limbes obscures
De notre mère nourricière.

Je suis enfin libre, mon âme
S'élève au côté du large sourire qui,
Dans le ciel, se découpe au milieu de l'écume
Du bleu de la si belle nuit.

Elle le regarde les yeux plissés rieurs.
-"A-Bo-Mi-Na-Ble"
Elle se lève d'un bond, dans un nuage de poussière surprise qui se met à danser, fait mine de s'étrangler révulse les yeux, convulse, tombe à la renverse, imitant le râle de l'agonie.
Se redresse avec un air suspicieux
-"à qui sont destinés ces vers, poète létal ?
-A la fille du fermier ?
-Aurais tu du goût, mon frère, pour les poulinières ?"

Le jeune poète, se met à bouder, sous le regard impavide de sa soeur qui retourne à son aiguille, se concentrant à nouveau sur ce qui se passe à l'extérieur du grenier.
Tout ce qu'elle perçoit se sont des odeurs, celles des figuiers chauffés, des roses, du jasmin, de la terre mouillée par l'arrosage, mais il n'y a plus un bruit, aucun bruit. Elle écoute cette absence de son, instinctivement elle sait que quelquechose est anormal, elle se lève, tire son frère en lui mettant une main devant la bouche, l'entraine au fond du grenier derrière les draps étendus, elle l'appui contre le mur, ne le quittant pas des yeux, elle retire sa main qui l'étouffait, ils écoutent maintenant ensemble l'absence de bruit.
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