Tsudao
Conseillère d'Avalon


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MessagePosté le: Mer Jan 13, 2010 6:08 am    Sujet du message: [Alriss] Préparatifs Répondre en citant
Un petit texte sur un personnage plutôt mal connu d'Avalon, et pour cause, vous ne l'avez surement jamais croisé. Pour ceux qui ne sont pas familié avec le personnage, Alriss est une elfe de sang, chevalier de la mort de son état, et porte un cache-œil qui lui barre le visage. Les événements se passent à la "sortie" de la 3.3, soit au tout début de l'assaut sur la Citadelle de Glace.
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Au premier regard, la taverne lui sembla identique au souvenir qu'elle en avait gardé. Les tables étaient agencées comme si un ouragan les avaient posées là, au hasard, certaines invisibles depuis l'entrée, masquées par cette fumée, véritable nuage de tabac qui montait en volute au plafond. Les conversations suivaient le même chemin, se mêlant les unes aux autre, intrigues, menaces, paris ou séductions ne faisaient plus qu'un dans ce brouhaha constant. Parfois, un cri trop puissant, le bruit du verre qui se brise, d'une chaise qu'on renverse ou simplement de dés roulant sur le sol se détachait, imposant un silence pesant où seuls les regards jouaient encore. Puis les conversations reprenait, même si une vie venait d'être prise.
C'est après un temps qu'Alriss commença à noter les différences. Le boiteux n'était plus à sa table. Celle juste à droite de la cheminée, d'où il pouvait voir tout le monde et d'où, après quelques verres, il se plaisait à interpeller les clients qui entraient, les affublant de noms tirés de la partie la plus obscure de son répertoire. Il avait été pendu quelques mois auparavant. Le Baron n'avait pas apprécié être pris pour cible. Les regards qui se tournaient vers elle à son entrée aussi avait changé. Au mieux méfiants, plus souvent franchement hostiles, ils n'avaient plus rien à voir avec avec la camaraderie qu'elle pouvait lire dans leurs yeux il n'y a pas si longtemps que ça.
Son attention se raccrocha sur ce qui malgré les années n'avait pas changé, prenant le parti d'ignorer pour l'instant l'effet de soulevait son arrivée. Derrière son comptoir, la Fouine s'affairait, remplissant les verres tout en criant les commandes en direction des cuisines, véritable chef d'orchestre à son œuvre. Aujourd'hui presque plus rond que haut, sa figure rouge lui donnait toujours l'air fatigué ou surpris, bien qu'il ne fut jamais ni l'un, ni l'autre. Il avait gagné son surnom dans sa jeunesse, quand il était les yeux et les oreilles du Baron dans les tavernes de la ville. Il tenait les Flots Bruns depuis des années maintenant, Alriss ne l'avait jamais connu que derrière son comptoir.
Elle franchit sans un autre regard pour les clients la distance qui la séparait du bar.
La voix de la Fouine, si douce quand elle ne transmet pas les commandes, l'accueillit.


- Tu ne devrais pas être là Al', tu le sais. Et encore moins leur tourner le dos.
- Tu pourrais au moins me souhaiter la bienvenue. Je sais que tu es content de me voir. Et je ne suis pas là pour entendre tes reproches.

Elle s'accoude au comptoir, sans se soucier de la graisse mêlée d'alcool qui le recouvre.
Sers moi quelque chose veux-tu ?

- Tu n'aimes pas boire Al'
Il la sert néanmoins, un verre d'une liqueur poisseuse dégageant l'odeur d'un fruit qu'elle ne saurait nommer.
- Ils m'en veulent réellement, ou ils ont juste peur de moi ? Fait-elle.
- Ils t'en veulent de leur faire peur. Le résultat est le même.
Elle porte le verre à ses lèvres et recrache l'alcool, dégoutée.
- Ils n'ont pas accepté ce que tu es devenue. Ils sont superstitieux, et ne feront jamais confiance à l'un des tiens.
- Qu'ils se rassurent, je ne compte pas revenir.
- Alors raconte moi ce que tu fais ici. Ils ne feront rien tant que tu me parleras.

Et elle raconta. Parfois, La Fouine se tournait pour servir un client, en rappelait un autre à l'ordre, et elle pouvait sentir sur ses épaules le regard pesant de ces marins, pirates, ou escrocs en tous genres.
Elle lui expliqua comment elle s'était libérée de l'emprise du Roi Liche, comment, à la différence d'autre Chevaliers de la mort, elle était resté loin de la Lame d'ébène et de ses méthodes, comment elle avait pu reconstruire sa vie sans ressentir cette soif de violence qui torturait certains des siens. Elle lui apprit sa douleur, quand elle avait compris que les gens de la mer ne l'accepteraient plus jamais sur un navire, elle qui avait été un capitaine de renom. Elle raconta, en haussant légèrement le ton, comment à défaut de pouvoir naviguer à nouveau, elle avait tourné ses efforts vers la guerre contre le Roi Liche sur les terres glacées de Norfendre. Pas par vengeance, mais par sens de la justice. Elle avait aidé tantôt la horde, tantôt la croisade d'argent, se tenant toujours à l'écart du conflit avec les forces de l'Alliance. Enfin, elle en vint à la raison de sa présence à la Baie du Butin. L'assaut allait être donné contre la Citadelle de Glace. L'ultime bataille contre le fléau, celle où beaucoup allait laisser leur vie. Ou pire encore.


- Je ne reviendrai pas la Fouine, parce que cette bataille sera ma dernière. Pas de détours, pas d'embuscade cette fois, je marcherai en première ligne. Et le Roi Liche n'est guère clément avec les traitres. Je veux juste passer une soirée, une dernière nuit ici. En souvenir.

Les cris et les dés se sont tus. Certains ricanent, mais la plus part l'écoutent avec un nouveau respect. Ceux qui hésitent encore sont mis d'accord par la sentence de l'aubergiste

- Ta chambre est libre Lys.
Même si ça n'était que pour un soir, en l'appelant par son vieux surnom, il l'acceptait parmi eux. En voyant le sourire sincère se dessiner sur ses lèvres, elle failli l'espace d'un instant abandonner son idée. Passer une simple soirée dans ce cadre qu'elle chérissait temps, et s'envoler au petit matin. Comme promis.
Mais au fond d'elle, elle le savait. Il était trop tard pour rebrousser chemin.
Elle lui rendit son sourire, échangea quelques banalités, et se joignit les clients, trouvant une place où une partie de dés acharnée faisait rage. La salle se vidait à mesure que l'heure avançait, et elle devint vite le centre de l'attention des plus tardifs. Peut-être finissaient-ils par la voir telle qu'elle était. Une jeune femme qui fut l'une des leurs, et qui passait une soirée à s'amuser. Son rire franc et sa voix à la douceur sans pareil, qui s'élevait quand quelqu'un commençait une chanson finirent par les convaincre. Quand elle annonça qu'elle rejoignait sa chambre, elle ne fut pas surprise par les deux ou trois qui lui proposèrent de la suivre. Elle fit un petit signe à celui qui avait le moins bu, adressant un sourire désolé aux autres et gravis les marches jusqu'aux chambres à l'étage.
Malgré une clientèle difficile, la Fouine tenait son établissement en bon état. Le lit était bordé de draps propres et une bassine d'eau attendait contre un mur. Les fenêtres, ouvertes sur la jungle, laissaient entrer de cet air lourd, chargé de senteurs nocturnes entêtantes, qu'elle avait appris d'abord à supporter puis à apprécier. Elle contourna le lit et alla s'accouder à la fenêtre. Le marin était armé. Elle le savait.

- Tu n'as pas peur ?
- V'n'êtes pas la première comme ça à v'nir au port cap'taine.
L'homme était plutôt grand, le teint basané de ceux qui font la liaison avec Undermine. Ses muscles saillaient sous sa chemise qui avait peut-être été blanche un jour. Une simple cordelette retenait son pantalon de toile et il allait pieds nus, comme nombre de marins.
- Pourtant quand je suis entrée, toi et tout les autres..vous étiez prêts à me jeter dehors.
La lueur de la bougie se reflétait dans son œil valide, uniformément bleu de glace, comme tous ceux que le Roi Liche avaient touchés. L'effet était saisissant, et le marin fit deux pas en arrière lorsqu'elle se retourna.
- C'est que..Les gars et moi..on pensait qu'vous alliez rester cap'taine. Qu'vous vouliez r'prendre la mer v'voyez ?
- Je vais juste passer la nuit avec toi. Rassuré ?

La fenêtre refermée, elle s'avança vers lui, sa main commençant à desserrer son corsage. Elle ne pensait déjà plus à ce qu'elle faisait. Quand elle le poussait sur le lit, elle prévoyait déjà la suite des événements. Quand ses doigts retiraient sa chemise et couraient sur son torse, c'est elle qu'elle voyait courir dans les rues du port. Quand ses larges mains se refermaient sur sa poitrine, c'est la poigne de la mort qu'elle sentait sur son cœur. Ça n'était déjà plus l'odeur de la sueur qui montait à ses narines mais celle du sang. Et elle ne faisait rien pour arrêter ça.
Elle sut qu'elle avait vu juste. En lui faisant perdre ses moyens, le plaisir faisait tomber sa garde et affaiblissait les murs qu'elle avait elle même dressés autour d'une partie de son esprit. Les vagues du désir venaient frapper ces protections, et sa volonté s'engouffrait dans les failles pour les abattre.
Quand elle s'était libérée de l'emprise du Roi Liche, elle avait tout fait pour combattre cette soif de violence et de sang, si commune parmi les Chevaliers de la Lame d'ébène. Elle avait réussi à s'en protéger, à vivre sans trace de haine ni même volonté de vengeance. Mais elle avait toujours su que ça ne durerai pas. Qu'elle allait devoir un jour faire face à ce qu'elle était réellement.
Elle attrape le chandelier, posé sur la table basse et le frappe au crâne. Avant qu'il ne puisse réagir, elle est sur lui, un second coup vient le cueillir sous le menton. Il n'a le temps de crier qu'une fois avant que le chandelier dans un dernier mouvement ne lui fracasse la mâchoire.
Alriss est maintenant debout, son arme de fortune dans la main. Son corps tremble, parcouru de frissons. Elle est encore capable de regarder le corps de l'homme avec horreur, jusqu'à ce que sa volonté s'efface, balayée par une sourde violence. Elle s'habille rapidement, ramasse le petit couteau qu'il portait à la ceinture et franchit la porte.
Elle avait réussi à réveiller la bête qu'Arthas avait fait d'elle. Il n'y a que comme ça qu'elle pouvait aller le combattre, et espérer être une réelle menace.
Elle traversa l'auberge en courant, avant que les clients réveillés par le cri ne puissent l'arrêter. Quand les premiers s'étaient saisis de leurs armes, elle s'était déjà réfugiée sous le manteau de la nuit.
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