Maitseling
Exalté


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MessagePosté le: Mer Mar 26, 2008 5:59 am    Sujet du message: [Recit] Le destin d'Eon Répondre en citant
(Texte datant d'ocotbre 2007, ecrit pour le concours des nouvelles de la Sanssaint)


Après une longue journée de marche, vous êtes arrivé harassé dans un petit bourg en bordure des Maleterres. L'installation dans l'unique auberge du village fut rapide, et tandis que le soleil se couchait à l'extérieur et que vous finissiez votre dîner, un des habitants s'installa à votre table pour commencer à vous raconter une légende du pays.

« Ami voyageur, venez écouter mon histoire, car elle vous mettra en garde contre les dangers que vous pourriez rencontrer sur votre chemin. Je la tiens de mon grand-père, à qui cette mésaventure arriva.

Sans doute avez-vous déjà entendu parler de la Scholomance, cette fameuse école de magie ? Aujourd'hui chacun sait qu'elle est le repaire de nécromants maléfiques à la soif de pouvoir plus importante qu'un quelconque sentiment d'humanité. Mais autrefois, les habitants de la région ignoraient ce qui se tramait au plus profond de cette citadelle aux pierres noires, et de nombreux villages s'étaient bâtis autour de l'école. Les mages étaient riches et payaient très cher leur ravitaillement ainsi que quelques autres petits extras. De temps à autres une fille de fermier disparaissait, mais chacun pensait que la pauvrette s'était enfuie pour la grande ville de Lordaeron. En fait je peux vous le dire : leur âme hante encore la région la nuit. Vous avez bien choisi cette auberge voyageur. Ici, vous êtes à l'abri.

Mais la soif de pouvoir des nécromants était toujours plus forte, leurs expériences et leurs besoins, de plus en plus importants. Parmi eux, Mael Zud était encore plus avide et empressé d'accroître ses connaissances. Il avait un serviteur à l'esprit simple, un brave et honnête paysan nommé Eon venant d'un petit village isolé au creux d'une colline. Autant Mael Zud était cruel dans ses expériences, autant il était bon avec Eon, lui donnant un bon couvert, de riches habits et suffisamment de pièces d'or pour couvrir ses besoins.
Un jour, Eon rentra dans son village pour la fête annuelle. Devant ses beaux atours, sa bourse pleine de pièces, les habitants furent remplis de jalousie. Certains envieux bousculèrent un peu le simplet, d'autres lui demandèrent l'origine de cette opulence, et si son maître avait besoin d'autres serviteurs.
De retour à la Scholomance, Eon se confia à son Mael Zud, et lui raconta ce qui s'était passé. Le mage rit intérieurement et dans sa tête commença à germer un plan.

L'année suivante, Mael Zud accompagna son serviteur à la fête du village. Précédé d'un énorme chariot de victuailles, le nécromant fut accueilli comme un hôte de marque et fut installé dans la plus belle chambre de l'auberge. La fête commença par un énorme banquet. L'auberge était vide, tous les habitants s'étaient rassemblés sur la place du village pour y festoyer. Mael Zud avait choisi de diner seul à la taverne. Alors qu'il débarrassait le dernier plat, l'aubergiste demanda la permission de se retirer pour assister lui aussi à la fête. Le mage le laissa partir, mais quand Eon s'approcha à son tour de la porte, il demanda à son serviteur de demeurer auprès de lui. Il avait fort à faire et avait besoin de son assistance. Un peu déçu, Eon obéit et aida son maître à regagner sa chambre, tandis que l'aubergiste filait au banquet.

Dans la chambre, Mael Zud avait disposé des bougies noires, et suspendu des bijoux métalliques aux formes tordues tout autour de la pièce. Au centre, parmi de nombreux motifs étranges dessinés à la craie sur le sol, était installé un petit coussin. Eon trembla devant cette installation, et regarda son maître avec inquiétude.
_ Ne crains rien, tu seras à l'abri avec moi. Tout ce que tu auras à faire, c'est protéger la porte d'entrée de l'auberge.
Le mage prit alors dans son sac un parchemin et une fiole transparente emplie d'un épais liquide noir. Il tendit les deux à son serviteur.
_ Voilà, regarde sur ce parchemin, tu y trouveras un motif. Descend dans la grande salle, et utilise le liquide pour peindre avec tes doigts ce motif sur la porte d'entrée de l'auberge. Cela devrait nous protéger durant mon incantation.
Trop heureux de quitter cette pièce lugubre, Eon récupéra flacon et parchemin et descendit à toute vitesse les escaliers. Arrivé en bas, il examina de plus près le motif : un simple cercle, avec en son centre un crâne stylisé, barré d'un trait en diagonale. Il sourit, le dessin serait facile à reproduire.
Le serviteur s'approcha de la porte et déboucha la fiole. Il fit couler un peu du liquide sur son index. L'épaisseur, la consistance, l'odeur métallique, c'était du sang. Mais Eon ne fut pas plus inquiet. Le maître utilisait souvent du sang de boeuf ou de porc pour ses expériences. Avec application, il commença à tracer le motif sur l'épaisse porte.

Dehors, résonnaient les rires et les chants des villageois. La récolte avait été bonne, l'hiver serait moins dur à passer. Mais soudain, la musique fut troublée par une incantation. La voix de Mael Zud venait de l'étage, et elle entonnait un chant dans une langue inconnue d'Eon. Le ton de son maître était particulièrement angoissant. Le chant était fort et puissant comme si il venait de très loin et d'une autre personne. Le serviteur se recroquevilla, terrorisé par la mélodie démoniaque. Il entendit le vent souffler en bourrasque à l'extérieur, et les rires cessèrent. Depuis la chambre de Mael Zud, à travers les planches du plafond, diffusait une lumière violette qui semblait être presque solide. Le maître rugissait à présent ses incantations maléfiques. Eon voulut se boucher les oreilles mais il était paralysé de peur.

Soudain un hurlement de terreur provint de la place du village, bientôt suivi par d'autres. Rapidement, tout l'air fut rempli de cri atroces. Eon rassembla son courage et s'approcha d'un volet pour regarder par une fente ce qui se passait.

Dans la lumière des flammes du festin, des ombres dansaient : des corps tordus, déformés dans des positions anormales. Les visages étaient devenus noirs. Des yeux percés, coulait du sang. Les mains corrompues étaient des griffes aux ongles cassés. Et les villageois, transformés en abominations erraient sur la place sous le regard terrorisé d'Eon.

Le serviteur renversa la fiole sur ses doigts et se mit à griffonner sur toutes les ouvertures le petit sigle du parchemin. Déjà, des premiers coups résonnèrent sur la porte. Eon courut se réfugier sous une table. A l'étage, l'incantation avait cessé, mais le martèlement des poings sur la porte et sur les volets devint un véritable roulement de tonnerre. Le serviteur se couvrit la tête pour ne plus entendre ce brouhaha infernal mêlant les gris gutturaux des créatures au bruit de leurs griffes raclant le bois.
Mais sur la porte comme sur chacun des volets, l'étrange signe brillait d'une lueur sinistre. Malgré les dizaines de mains poussant dessus, la porte ne cédait pas comme protégée par la magie. Eon priait mains jointes, et implorait la Lumière de le sauver de ce cauchemar. Son coeur battait si vite la chamade. Les hurlements redoublaient d'intensité avec la fureur des abominations. Finalement la terreur eut raison du serviteur, et il finit par s'évanouir.

Lorsqu'Eon revint à lui, les rayons du soleil filtraient à travers les interstices des volets. Le silence était retombé sur le village. Il se redressa péniblement.
_ Bonjour Eon.
Le pauvre serviteur sursauta, et se retourna pour voir son maître confortablement installé à une table.
_ L'expérience a été un échec. Je n'ai pas pu les contrôler, poursuivit le mage.
_ Que ... que sont devenus les habitants ? Murmura Eon.
_ Rien, rien mon brave serviteur. Rien de tout cela ne s'est passé. D'ailleurs, ce village n'a jamais existé.
En prononçant ces mots, Mael Zud tendit la main vers Eon qui s'effondra de nouveau dans le sommeil. Le nécromant se leva, sortit de l'auberge, et prit la route de la Scholomance. Arrivé à la dernière maison, il se retourna et leva son bâton au dessus de sa tête. Il prononça quelques mots dans une langue ancienne, et doucement, le village disparut dans un voile, remplacé par une épaisse forêt.
Plus personne n'entendit jamais parler du village ou de Eon, le serviteur de Mael Zud. »

L'étrange narrateur marqua une pause, puis reprit son récit.

« L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais le sortilège de Mael Zud avait une faille.

Chaque année, le matin du jour de la fête du village, celui-ci réapparaît à la place de la vieille forêt, et ses habitants semblent y vivre normalement. On dit que même Eon se trouve parmi eux. Sous le soleil, tout semble s'y passer normalement, mais quand vient le soir, la terrible scène s'y rejoue une nouvelle fois, encore et encore, année après année. »

C'est alors que vous remarquez qu'à présent vous êtes seul dans l'auberge, seul avec votre narrateur. De l'extérieur proviennent de la musique, des chants et des rires : une fête, un banquet.
Vous vous retournez vers la porte pour y voir un étrange motif bien sec sur le bois : un cercle barré avec en son centre le symbole d'un crâne.
L'inconnu vous fait face, un poignard à la main. Ses doigts sont noirs de sang séché. Il s'avance en vous regardant dans les yeux.

« Comprenez moi. Ils vont revenir encore cette nuit. La fiole est vide. J'ai besoin de votre sang pour les empêcher de passer. Aidez le pauvre Eon. »
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Maitseling, prêtresse d'Elune

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